Étude / 31 jan, 2018
L'Accord de Paris entraîne le désinvestissement du charbon - Étude

Selon une nouvelle étude, le fait que les pays mettent actuellement en œuvre l'Accord de Paris sur le changement climatique conduira davantage à un désinvestissement accru du charbon et des autres combustibles fossiles qu’à une ruée sur les derniers gisements d’énergies fossiles dans le monde.

L'étude publiée dans Nature fait apparaître que le désinvestissement bat le « paradoxe vert » - augmentation temporaire des émissions de carbone en réponse aux politiques climatiques visant à réduire les émissions - si une tarification substantielle du carbone est annoncée.

« Nous constatons que dix ans avant l'introduction des politiques de tarification du carbone, les investisseurs commencent à retirer leur argent de l’industrie du charbon », a déclaré l'auteur principal de l’étude Nico Bauer, de l'Institut de recherche sur les impacts climatiques de Potsdam (PIK).

« Ils hésitent à investir dans des centrales électriques à combustibles fossiles car ils réalisent que la durée de vie de ces centrales sera réduite par la future politique climatique. Nous constatons que ce désinvestissement réduit les émissions de 5 à 20%, en fonction de la fermeté de la politique climatique, bien avant que celle-ci ne soit mise en œuvre. »

En vertu de l'Accord de Paris sur le changement climatique de 2015, les pays sont convenus de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de limiter la hausse des températures moyennes mondiales à moins de 2°C. Pour atteindre les objectifs de l'Accord de Paris, la priorité doit être donnée aux sources d'énergies renouvelables parallèlement à une baisse substantielle de la production et de la consommation de combustibles fossiles.

Cette étude précise néanmoins que la mise en pratique de l'Accord de Paris suscitera des réactions opposées de la part des investisseurs d'une part, et des propriétaires de gisements de combustibles fossiles d'autre part. A titre d’exemple, l'anticipation de politiques fermes de réduction de CO2 pourrait faire accroître les émissions de carbone, les propriétaires de gisements accélérant l'extraction de leurs ressources afin de maximiser les profits avant que la réglementation n’entre en vigueur.

Pourtant, note l'étude, les investisseurs pourraient arrêter de mettre leur argent dans des centrales à charbon et ainsi éviter d'investir dans des actifs risquant de devenir potentiellement bloqués et obsolètes. Dans l'ensemble, dès lors, les émissions globales de CO2 seraient effectivement réduites.

Le charbon plus sensible que le pétrole

Le charbon est particulièrement sensible à la tarification du carbone. « Augmenter le prix du carbone de 20 dollars par tonne de CO2 double le coût de l'utilisation du charbon », précise le co-auteur Christophe McGlade de l'University College London et de l'Agence internationale de l'énergie. « Les investisseurs du secteur de l'énergie voient que les centrales à charbon ne seront plus compétitives par rapport au prix du carbone et déplaceront ainsi leurs portefeuilles vers des sources d'énergie à faible teneur en carbone. »

« Le pétrole est beaucoup moins sensible à la tarification du carbone. Alors que nous avons constaté que l'effet du « paradoxe vert » peut apparaître sur les marchés pétroliers - les grands détenteurs de ressources pétrolières stimulant la production de pétrole en raison des craintes de voir leurs ressources abandonnées - cela sera probablement beaucoup moins notoire que cet effet de désinvestissement qui réduit l'utilisation du charbon », ajoute McGlade.

Les simulations informatiques de la dynamique future des marchés de l'énergie sont couramment utilisées pour étudier les effets économiques des politiques. « Nous avons effectué nos simulations avec différents niveaux de prix du CO2, atteignant progressivement entre 25 et 300 dollars la tonne de CO2 d'ici 2050, et avec un scénario moyen atteignant 100 dollars. »

« Ces taxes ont été introduites dans des délais différents pour figurer plusieurs degrés de rigueur et de crédibilité de la politique climatique et voir ainsi comment les marchés des combustibles fossiles réagissaient en anticipant ces politiques climatiques », a déclaré le co-auteur Jérôme Hilaire du PIK et de l'Institut de recherche Mercator sur les biens communs et les changements climatiques.

« Cela tient compte des incertitudes, mais l'effet de désinvestissement prévaut sur l'effet du «  paradoxe vert » dans presque toutes les situations fiscales étudiées, quel que soit le délai de mise en œuvre, et donc fait baisser l’ensemble des émissions. Ce n'est que si le prix du CO2 débute très tard, par exemple pas avant 2050, puis à un niveau très bas, que l'anticipation par les mécanismes du marché entraîne une augmentation des émissions de CO2 au lieu d'une diminution », a-t-il ajouté.

Cet effet est limité si plusieurs règlements de tarification du CO2 à différents niveaux de prix devaient être introduits dans différents pays - les auteurs observant que certaines installations de production à forte intensité d'émissions passeraient d'un niveau de réglementation élevé à un niveau peu élevé.

S’exprimant à son tour sur les résultats de l'étude, le co-auteur Paul Ekins de l'UCL, membre du Groupe de haut niveau de l’initiative européenne sur les voies de la décarbonisation, a déclaré: « Les systèmes de tarification des émissions de CO2 émergent en Chine, l'UE est actuellement dans un processus de fixation de son système d'échange, et les prix du CO2 sont en place au Royaume-Uni, au Chili, au Canada et même en Californie, la sixième plus grande économie du monde. »

« L'Accord de Paris a clairement montré que les décideurs politiques prenaient le changement climatique au sérieux et qu'ils étaient prêts et disposés à réaliser les réductions d'émissions nécessaires. En anticipant la mise en œuvre de politiques de lutte contre le dérèglement climatique, les mécanismes du marché réduiront probablement de fait les émissions, ce qui nous aidera à réaliser de profondes réductions d'émissions - tant que les signaux politiques seront forts, clairs et crédibles. »

Lire le communiqué de presse correspondant de l'Institut de Potsdam pour la recherche sur l'impact climatique.

Lien vers l'article de Nature ici.