Opinion / 10 juil, 2018
Concrétiser une ambition à long terme sur le changement climatique

Tribune de Michael Comstock, de l’ONU Développement, et de Bernd Hackmann, du Secrétariat de l’ONU Changements climatiques.

L'Accord de Paris de 2015 sur le changement climatique prévoit un objectif à long terme de maintien de l’augmentation de la température mondiale bien en dessous de 2°C au-dessus des niveaux pré-industriels (et vise 1,5°C), pour éviter les pires impacts du changement climatique. Les Contributions Déterminées au Niveau national (CDN), qui coordonnent les efforts nationaux en matière de changement climatique dans le contexte de l'Accord de Paris, et des priorités de développement des pays, ne sont pas encore suffisantes pour atteindre cet objectif mondial à long terme. Les futures CDN, présentées en 2020 et tous les cinq ans par la suite, doivent donc augmenter de façon constante et aider les pays à mener leur transition vers un développement durable et à faibles émissions.

L'objectif ambitieux de l'Accord de Paris oblige les pays à penser plus grand et à plus long terme que ce que les cycles quinquennaux des CDN pourraient impliquer. Pour ce faire, les pays, à titre individuel, peuvent juger utile de prendre du recul par rapport à leurs CDN, afin de prévoir à quel niveau ils veulent que leur pays soit quant au développement durable à long terme par exemple, en 2050. Traditionnellement, les priorités de développement - par exemple, accroître l'accès à l'énergie, la mobilité des citoyens et l’expansion économique - peuvent être évaluées sous l'angle de la durabilité afin de définir un projet pour 2050 qui contribuera à une solution mondiale au changement climatique. Selon la situation du pays, le plein accès à l'énergie peut être réalisé uniquement à partir d'énergies renouvelables; la mobilité peut être améliorée par le transport entièrement électrique; et la croissance économique peut être favorisée par des modèles d'économie circulaire sans déchets, des investissements dans les technologies vertes et des efforts d'efficacité industrielle qui réduisent l’empreinte carbone de la croissance économique.

Un tel projet de développement durable à long terme exige une profonde transformation des modèles de développement. Pour aller de l'avant, les pays doivent progresser régulièrement vers une voie impliquant l’ensemble de la société pour transformer leur économie et intégrer le climat dans la planification du développement.  Cela signifie, par exemple, créer des environnements favorables à l'investissement privé dans les énergies renouvelables, au lieu de bloquer les émissions des centrales électriques alimentées au charbon, et travailler avec les pouvoirs publics régionaux pour donner la priorité aux transports publics propres sur des réseaux autoroutiers en expansion constante.

Structurer des objectifs aussi ambitieux sera également un exercice qui permettra d'aller au-delà de la stratégie des “petits pas” et de la planification et, dans certains cas, au-delà de ce qui est actuellement réaliste. Eu égard à la proliferation des nouvelles technologies - et des coûts en chute libre de celles-ci - dont le monde a été témoin au cours des 32 dernières années, on peut tout à fait imaginer ce qui nous attend pour les 32 prochaines, jusqu'en 2050.  Même si les représentants des gouvernements peuvent dénoncer les coûts ou les problèmes d'intermittence liés à la réalisation de 100% d'énergies renouvelables, ces dernières sont déjà concurrentielles sur de nombreux marchés, et leurs coûts continuent de baisser. Les problèmes de l'intermittence pourraient ainsi devenir théoriques avec l'avènement de technologies de stockage de l'énergie, peu coûteuses.

La nécessité d'une vision à long terme est illustrée par l'Accord de Paris, qui invite les pays à communiquer d'ici 2020 "des stratégies de développement à faibles émissions de gaz à effet de serre d’ici la moitié du siècle et à long terme".  Ces stratégies peuvent définir clairement les aspirations à l'horizon 2050 et orienter les futures CDN, qui peuvent être considérées comme des plans quinquennaux menant à la réalisation des objectifs à long terme. Les stratégies à longue échéance peuvent être des documents évolutifs, adaptés au fil du temps à l'évolution des circonstances, et s'appuyer sur des stratégies et des plans de développement à court terme.

L'élaboration de ces stratégies à long terme exige des méthodes nouvelles et novatrices. Cela nécessite que les gouvernements aillent au-delà des modes de fonctionnement actuels et imaginent un avenir idéal pour leurs pays et leurs concitoyens. Le PNUD et le Secrétariat de la CCNUCC ont récemment intégré des débats consacrés aux stratégies à long terme et au renforcement du niveau d’ambition lors du Dialogue régional sur les CDN pour l'Europe de l'Est, le Caucase et l'Asie centrale, afin d'encourager les participants à considérer leurs objectifs nationaux pour 2050. La Réunion internationale sur les Stratégies de développement à faibles émissions de gaz à effet de serre, à long terme, qui s’est tenue les 10 et 11 juillet 2018 à Bangkok, en Thaïlande, a offert l’occasion de poursuivre le débat, et encouragé les pays à avoir une meilleure vue d’ensemble afin de passer d'une planification progressive à une planification ambitieuse, et à long terme.

Plusieurs gouvernements ont déjà répondu à l'appel de l'Accord de Paris et ont communiqué leurs stratégies à long terme au secrétariat de la CCNUCC. Le Mexique, par exemple, décrit un projet de développement à long terme et une feuille de route pour intégrer le changement climatique dans ses plans de développement. Le pays vise à garantir l'accès à une énergie propre, à une bonne santé et à un environnement sûr pour ses citoyens, tout en réduisant ses émissions nationales de gaz à effet de serre de 50 % par rapport aux niveaux de 2000 d'ici 2050. La stratégie du Mexique expose la perspective, les principes, les objectifs et les domaines d'action pour bâtir une société résiliente au changement climatique et instaurer un développement à faibles émissions, en accord avec les priorités nationales.

Note: Cette tribune a été rédigé à l'occasion de La Reunion mondiale sur les stratégies de développement à faibles émissions de gaz à effet, à long terme: Agir maintenant pour un avenir durable qui s’est tenue les 10 et 11 juillet 2018 à Bangkok, en Thaïlande. Elle a été organisée par le PNUD, la plateforme 2050 Pathways, le LEDS Global Partnership, le NDC Partnership et le World Resources Institute, en coopération avec le secrétariat de la CCNUCC, avec le généreux financement de la Commission européenne, l'International Climate Initiative (IKI) du ministère fédéral allemand de l'environnement, de la conservation de la nature et de la sécurité nucléaire (BMU), le ministère fédéral allemand de la coopération économique et du développement (BMZ), le ministère britannique des affaires, de l'énergie et de la stratégie industrielle (BEIS), l'Espagne et le département d'État américain.