Article / 14 déc, 2018
L’éducation doit occuper une place prépondérante dans les plans d’action nationaux pour le climat

ONU Changements climatiques Infos, 13 décembre 2018 – À l’occasion de la Journée dédiée à l’éducation, dans le cadre de la 24e Conférence des parties à la Convention des Nations Unies sur le climat à Katowice, en Pologne, les participants de haut niveau se sont entendus pour que les pays fassent de l’éducation au changement climatique un élément concret et vérifiable dans leurs contributions déterminées au niveau national (CDN) pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.

« Il serait opportun que, lors de la prochaine COP, nous posions la question, à savoir quel pourcentage de nos CDN est consacré à cet exercice de sensibilisation à l’environnement, » a déclaré Sergio Costa, ministre italien de l'Environnement, de la Protection du territoire et de la Mer. « Nous devrions mettre en place un mécanisme concret, quelque chose de tangible, que nous sommes prêts à faire au profit des générations futures ».

« Nos petits-enfants nous enseigneront comment protéger l’environnement. Nous avons perdu notre temps, nous échoué. Nous en apprendrons davantage grâce à eux, » a déclaré le ministre Costa, qui a également appelé à une conférence dédiée aux enfants. « Pourquoi ne pas imaginer pour la prochaine COP25, un volet spécialement dédié aux enfants, où on leur donnerait l’occasion de s’exprimer et où on prêterait attention à leurs besoins. »

L’éducation, visée à l’Article 12 de l’Accord de Paris, est fortement soutenue par les Parties et les acteurs non parties dans le processus officiel sur le changement climatique. En mai dernier, les pays se sont entendus pour mettre en œuvre un projet lié à l’Action pour l’autonomisation climatique (ACE), une première décision de ce qui deviendra le Programme de travail pour la mise en œuvre de l’Accord de Paris, qui est négocié ici à Katowice.

Sur le badge qu’elle portait lors de l’événement, on pouvait lire « elle est éduquée, nous sommes plus intelligents » (she’s educated, we are smarter) ; S.A.R. la princesse Abze Djigma, ambassadrice du Burkina Faso pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, a parlé avec passion de la nécessité d’éduquer tant les filles que les garçons.

« C’est l’éducation qui m’a conduite vers vous aujourd'hui, » dit la princesse Abze Djigma, qui agit également à titre d’Envoyée spéciale du président du Burkina Faso en matière d’objectifs de développement durable et de lutte contre les changements climatiques. « Nous devons faire en sorte que nos enfants soient sensibles au climat [...] l’éducation est essentielle. »

Ricardo José Lozano Picón, ministre de l’Environnement et du développement durable de la Colombie, a souligné la nécessité de « respecter la science » et insisté pour un « apprentissage par la pratique » au niveau scolaire local pour mieux soutenir l’Action climatique.

Les rapports spéciaux produits par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) sont « notre voie à suivre pour aller de l’avant, » celle qui guide nos actions aux niveaux international et régional ; mais pour assurer la réussite de ces efforts d’éducation localement a déclaré le ministre Picón, les spécialistes d’ACE doivent « vulgariser la science » pour qu’elle s’adapte aux situations à l’échelle locale.

L’ACE, au cœur de l’Article 6 de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, le traité parent de l’Accord de Paris, aborde les thèmes de l'éducation, de la formation, de la sensibilisation et de la participation du public, de l'accès du public à l'information et de la coopération internationale. Chaque pays est invité à nommer un point focal ACE et à élaborer une stratégie nationale ACE.

« Nous devons relever un défi : trouver de nouveaux concepts que nous devons faire connaître, afin que les élèves puissent comprendre les enjeux du changement climatique, » a déclaré Christine Kisamba Mugerwa, professeur associée à la faculté des Sciences sociales au Département de sociologie de l’Université Makerere en Ouganda. Celle-ci préconise une approche « action-recherche » appuyée par des concepts simples et bien définis qui mettent à contribution le savoir et les compétences des communautés, des personnes aptes à jouer un rôle pour sensibiliser et éduquer.

Le point focal ACE, Fairda Malem, du Département de la promotion de la qualité de l'environnement, en Thaïlande, souligne que la Convention est l’occasion de « partager, créer des partenariats et un réseau » et elle a partagé des informations sur les efforts déployés par son pays pour sensibiliser et accroître la compréhension des enjeux liés au changement climatique par divers moyens, notamment les écoles et les clubs, et elle a précisé que la Thaïlande a mis en œuvre une stratégie nationale pour l’autonomisation climatique.

Malgré l’enthousiasme concernant le calendrier de négociation en faveur de l’autonomisation climatique, de nombreux pays n’ont pas encore nommé de point focal ACE et n’ont pas non plus encore préparé de plan d’action national. L’événement a présenté une vidéo sur l’atelier régional sur l’Action pour l’autonomisation climatique en Europe et dans la région méditerranéenne, à La Spezia, en Italie, en octobre dernier, et dont l’objectif visait à renforcer les capacités des points focaux à l’aide d’un échange concret d’expériences. Une vidéo sur les actions des jeunes à la COP24 a également été montrée.

« Nous vivons sur une jeune planète, » a déclaré Martin Frick, Directeur de la Coordination des politiques et des programmes à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, expliquant qu’environ un quart de la population mondiale y était âgé de moins de 15 ans. Cela signifie que « nous avons peut-être perdu plus de deux générations et demi » depuis la première Conférence des Nations Unies sur l’environnement en 1972, et aujourd’hui, les gens ne sont pas « éduqués sur les enjeux environnementaux comme ils auraient dû l’être. »

Lors de l’événement, M. Frick a accueilli et souligné l’apport de Talieh Wögerbauer, de la présidence autrichienne du Conseil de l'Union européenne, « notre ambassadrice ACE à titre volontaire, et j'espère que vous serez rejointe par de nombreuses autres personnes de bonne volonté, influentes, ayant du pouvoir et dynamiques. »

« C’est exactement ce dont nous avons besoin et c’est exactement ce à quoi nous pouvons attendre en travaillant avec les jeunes, » a déclaré M. Frick.

Mme Wögerbauer, qui est le Point Focal ACE pour l’Autriche, a exprimé sa gratitude pour  participation importante et de haut niveau à l’événement, parce que « cela montre que vous êtes intéressés par l’Action pour l’autonomisation climatique, que vous êtes intéressés par notre engagement à sensibiliser le public, pour former les gens, promouvoir l’éducation, parce que celle-ci est vraiment essentielle. »

« Les Comportements dictent les attitudes ; c’est pourquoi nous devons modifier notre comportement lié aux changements climatiques et par rapport à nos Objectifs de développement durable, » a ajouté Mme Wögerbauer.

Debasu Bayleyegn Eyasu, Directrice générale de la Coordination de la mise en œuvre du changement climatique au Ministère de l'environnement, des forêts et du changement climatique de la République d'Éthiopie, a souligné l'importance de structures institutionnelles solides et d’une éducation au changement climatique « intégrée toutes les sphères d’enseignement. »

« Pour nous, c’est un changement radical d’attitude, » déclare M. Eyasu, qui invoque la nécessité d’offrir une éducation formelle et informelle sur les changements climatiques et leurs répercussions, et d’utiliser tous les moyens à disposition pour toucher les gens, notamment les médias et les clubs.

L’événement a été caracterisé par une performance artistique et de danse, présentée par la Children’s University Foundation de Pologne, montrant la dispersion d’un tas de déchets de plastique sur le sol. L’ambiance s’est même révélée très positive lorsque des participants, notamment les ministres et les hauts fonctionnaires présents, ont proposé de ramasser les déchets, encouragés à le faire par le discours d’ouverture de Sławomir Mazurek, ministre adjoint à l’Environnement, Chef de la délégation polonaise à la COP24. Cela lui avait d’ailleurs valu des applaudissements chaleureux lorsqu’il avait fait des remarques sur l’importance de l’éducation au changement climatique et les activités qui y sont liées et organisées en Pologne.

L’événement intitulé Accroître l'éducation au changement climatique (Stepping Up Climate Education), autour du thème Accélérer la mise en œuvre de l’Accord de Paris et des Objectifs de développement durable, a été présidé par Peter Dogse, Co-président Secrétariat exécutif, Groupe de travail de l’UNESCO sur le changement climatique. Il a cité le Programme d’action global lancé par l’UNESCO dont l’objectif général est d’intensifier l’action et la sensibilisation en matière d’éducation en vue du développement durable, ainsi que le Programme de l’Alliance mondiale contre le changement climatique : éducation, formation et sensibilisation du Public.

En conclusion de l’événement, Zitouni Ould-Dada, directeur adjoint de la Division environnement et changements climatiques de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, a déclaré que l’éducation au changement climatique « ne s’adresse pas uniquement aux enfants, mais aussi aux adultes. »

« Il s’agit d’une question de comportement, de sagesse et d’apprentissage qui se fait tout au long d’une vie ; de la façon nous vivons et dont nous prenons soin de la planète, » a conclu M. Ould-Dada.

Pour une liste des points focaux nationaux d’ACE et de plus amples informations, veuillez consulter les pages d’ACE sur le site Internet de l'ONU consacré au changement climatique.