Article / 12 oct, 2018
Flambée des coûts des catastrophes liées au climat: les pays pauvres payent le plus lourd tribut

ONU Changements climatiques, 11 octobre 2018 - Dans le contexte de l'accélération des phénomènes météorologiques extrêmes dans le monde, un nouveau rapport du Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe (UNISDR) a révélé une forte augmentation des pertes économiques causées par les catastrophes climatiques au cours des 20 dernières années.

Le montant des pertes économiques directes dues aux catastrophes liées au climat est passé de 895 milliards de dollars entre 1978 et 1997 à près de 2 300 milliards de dollars au cours des 20 dernières années soit une hausse spectaculaire de 151%.

Les conclusions soulignent en outre qu'il est urgent de décarboner l'économie mondiale et de renforcer la résilience aux changements climatiques, notamment pour les plus vulnérables.

Alors que les pays développés et les pays en développement sont aux prises avec des inondations, des sécheresses et des températures extrêmes plus fréquentes, les auteurs soulignent ce qu'ils appellent un "déficit de protection" entre pays riches et pays pauvres:

« Ceux qui souffrent le plus du changement climatique sont ceux qui contribuent le moins aux émissions de gaz à effet de serre », a déclaré le professeur Debarati Guha-Sapir, directrice du Centre de recherche sur l'épidémiologie des désastres (CRED), chercheuse à l’Université catholique de Louvain (Belgique) et auteur du rapport.

Selon elle, comme le changement climatique augmente la fréquence et la gravité des situations météorologiques extrêmes, l’investissement dans la réduction des risques de catastrophe constitue une condition préalable au développement durable.

Disaster type

En termes de nombre d’événements, les données du rapport montrent que les catastrophes liées au climat ont représenté 91% des quelque 7.200 principaux événements enregistrés au cours des 20 dernières années. Les inondations à 43,4% et les tempêtes avec une fréquence de 28,2% sont les deux catastrophes les plus fréquemment survenues.

Par pays, les pertes économiques les plus importantes ont été subies par les Etats-Unis pour une valeur totale de 944,8 milliards de dollars, suivis de très loin par la Chine (492,2 milliards), le Japon (376,3 milliards). Viennent ensuite, encore plus loin l’Inde (79,5 milliards) et Porto Rico (71,7 milliards). Les tempêtes, les inondations et les séismes placent trois pays européens dans le Top 10 des pertes économiques: avec 57,9 milliards de pertes pour l’Allemagne, 56,6 milliards pour l’Italie et 48,3 milliards pour la France. La Thaïlande avec 52,4 milliards et le Mexique avec 46,5 milliards complètent le tableau.

En outre, le document montre qu’un seul territoire à revenu élevé s’est classé parmi les « dix premiers » en termes de pertes annuelles moyennes en pourcentage par rapport au Produit intérieur brut (PIB). Il s’agit de Porto Rico avec des pertes représentant 12,2% du PIB.

UNISDR

Selon l’Office des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe, l’analyse du rapport indique clairement que «les pertes économiques dues à des phénomènes météorologiques extrêmes ne sont pas soutenables» et qu’elles empêchent «l’éradication de la pauvreté».

En début de semaine, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), le principal organe scientifique de l'ONU sur l'évolution du climat, a averti que les phénomènes météorologiques extrêmes pourraient devenir encore plus fréquents si les pays n'améliorent pas leurs plans climatiques nationaux et ne les alignent sur les objectifs de l'Accord de Paris.

Dans un rapport spécial, le panel a conclu que "des changements profonds et sans précédent à tous les niveaux de la société" sont nécessaires pour atteindre l'objectif de 1,5°C fixé à Paris. Les auteurs soulignent que bon nombre des pires impacts du changement climatique pourraient être évités en limitant le réchauffement planétaire à 1,5°C, contre 2°C. Ils ont également souligné que les conditions météorologiques extrêmes actuelles étaient le résultat d'un réchauffement de seulement 1°C dans le système climatique.

Plus d'infos:

Pertes économiques, pauvreté et catastrophes 1998-2017 (UNSIDR)

Rapport spécial du GIEC sur le réchauffement climatique de 1,5°C - Résumé à l'intention des décideurs